Le Transsibérien, vu par Stanislas Giroux

Suite à l’article sur ce mythique train, Stanislas Giroux nous raconte son voyage à bord du Transsibérien, de Moscou à Pékin. Ce jeune baroudeur est parti seul avec une idée bien précise en tête : s’imprégner des cultures rencontrées et aller au contact de la population locale. Il semblerait que le défi ait été relevé avec brio !

[Hiking on the Moon] Pourquoi le Transsibérien ?
Stanislas Giroux : C’est durant un voyage en Inde que je me suis rendu compte de toute la magie du voyage en train. En quête de renouveau, j’ai étudié plusieurs itinéraires ferroviaires et parmi toutes les lignes historiques, c’est celle du Transsibérien qui s’est imposée.

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[HKG] Combien de jours consécutifs as-tu passés à bord du train ?
Stanislas GirouxAu total, j’ai passé 7 jours à bord du Transsibérien dont 4 sans en descendre, soit 4 000 km. On finit par se sentir comme à la maison ! À peine entré, c’est dress-code savates ou charentaises selon les goûts. Des centaines de gares ponctuent le trajet avec des arrêts d’une minute ou de quelques heures. On est dans une capsule où le temps passe au ralenti. L’heure officielle dans chaque gare est celle de Moscou, alors que l’heure locale peut varier de 5 ou 6 heures. Chaque wagon dispose d’un réservoir d’eau bouillante alimenté au charbon disponible à volonté. C’est un bon spot de rencontre où l’on y remplit son thé, ses nouilles ou sa purée lyophilisée. Pas de grande gastronomie dans le train, mais pour autant, pas besoin de trop se charger en vivres au départ car on goûte vite à la kolbasa de la voisine (variété de saucisses russes) ou à l’ogurek du copain avec qui l’on vient de parler sur le quai et qui est trois couchettes plus loin dans le wagon !

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[HKG] Peux-tu nous décrire un peu les paysages que tu as traversés ?
Stanislas GirouxEn voyageant au début de l’automne, avec la lumière rasante de septembre, j’en ai pris plein les yeux… Je m’attendais à des paysages plutôt fades dans la steppe au début du voyage, mais grave erreur ! Les immenses forêts de bouleaux défilaient, et leur palette de couleurs allant du vert au jaune orangé en passant par le rouge vif était magique. Gros regret en revanche à mi-chemin : avoir longé le lac Baïkal de nuit, joyau de la Russie.
Quant aux steppes mongoles traversées, elles sont exactement fidèles à l’idée qu’on s’en fait : de l’herbe rase sans un seul arbre sur un paysage vallonné et infini, dans lequel on croise des chevaux sauvages au galop. Une yourte de temps à autre, un vrai sentiment de liberté qui mérite une pause d’une bonne semaine pour s’aventurer dans les terres. C’est une de mes plus grandes étapes de ce voyage. On y découvre Oulan-Bator, capitale de la Mongolie ultra-polluée et tentaculaire, la moitié de la population s’y trouve, sécurité précaire après 20 heures, mais paradoxalement incroyablement conviviale. Quant à la vie dans les terres, c’est un véritable exploit d’y vivre toute l’année tellement c’est dur. Le ciel nocturne, à l’œil nu, au milieu de nulle, part est une des plus belles choses que j’ai pu voir de tout mon voyage.

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[HKG] Il s’agit réellement d’un voyage où les rencontres sont hétérogènes et innombrables ?
Stanislas GirouxComplètement ! J’ai voyagé dans les wagons platzkart (troisième classe de Transsibérien, un open space russe de 54 couchettes) et j’en ai vu défiler ! C’est un nid amusant dans lequel on rencontre des étudiants, des militaires, des miliciens, des grand-mères locales (les babouchkas), des familles entières…  Certains utilisent le Transsibérien seulement pour de petits tronçons et d’autres restent à bord plusieurs jours. Au fil des fuseaux horaires qui défilent, un des rares points de repère est la « prodovnitsa ». Cette personne assure la sécurité de chaque wagon d’un bout à l’autre de la ligne, avec un charisme à faire pâlir les contrôleurs de la SNCF !
J’ai été bluffé par l’hospitalité des gens : j’avais glissé dans mon sac à dos le cliché occidental du peuple russe et au fil des kilomètres, je me suis retrouvé avec un petit carnet rempli d’adresses, de numéros de portables, de dessins étranges, de bouts de mots et phrases griffonnés par des séparatistes pro-Russes, des étudiants, des pêcheurs d’omouls (poisson vedette du Baïkal), des personnes au taux d’alcoolémie douteux, et j’en passe !
Au fur et à mesure que le train avance, les peaux s’assombrissent et les traits se tirent, on tend l’oreille et on entend l’évolution de la langue, de l’accent. Je me suis rendu compte que les Russes de Moscou ne comprenaient pas forcement les Russes de Perm ou de Krasnoïarsk, heureusement pour moi, ils sont forts au jeu de mimes !

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[HKG] Cette expérience est-elle similaire à ce que tu t’étais imaginé ?
Stanislas GirouxNégatif ! Et heureusement d’ailleurs ! Chacun vit son voyage à sa manière selon sa personnalité, ses envies, et ses attentes. D’une manière générale, j’attendais beaucoup des paysages mongols, mais malgré leur beauté, j’ai été bluffé par la Russie. En dehors de la vie à bord du Transsibérien, il m’est aussi arrivé de nombreuses péripéties qui n’ont fait qu’embellir ce voyage, comme faire un karaoké dans un taxi de Moscou à 3 heures du matin.

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[HKG] Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu es arrivé au terminus ?
Stanislas GirouxLa transition avec la Chine n’est pas évidente. On arrive dans un monde où tout est trop rapide et bruyant. La chaleur est pesante et la pollution sur place rend l’atmosphère étouffante. J’étais partagé entre un sentiment d’euphorie et de déception. Ceci dit, autant de gigantisme donne aussi lieu à de bons souvenirs. Entre les blocs immenses d’immeubles, on s’amuse parfois à se perdre dans des petits quartiers populaires, de jour comme de nuit, avec une sensation d’apaisement et de sécurité. C’est quand même avec une petite larme à l’œil qu’on entre dans le terminal de l’aéroport de Beijing. C’est à ce moment qu’on aurait envie de reprendre la ligne dans l’autre direction pour revivre ce condensé d’émotions !

Trans-Siberian railway

Enfin, as-tu quelques conseils à donner à nos lecteurs qui voudraient monter à bord du Transsibérien ?
Stanislas GirouxNiveau pratique, prenez vos billets sur place si possible. Le visa russe est valable 3 semaines ce qui laisse un peu de marge. Pour le voyage, je vous conseille évidemment la 3ème classe moins chère, et plus propice aux rencontres (300€ de train au total pour 8 000km). Les meilleures places sont celles du bas en face à face, il ne faut pas hésiter à les demander, en haut c’est moins bien pour voir le paysage.
Et si vous passez par la Mongolie, je conseille de faire le visa chinois sur place, c’est facile et pas cher, mais il faut être un peu patient au guichet. Une multiprise vous sera utile pour la vie dans le train, ainsi qu’une boussole pour vous balader à chaque étape ! Enfin, un petit traitement antibiotique d’appoint pourrait vous être utile à la découverte de l’art culinaire mongol. Bon voyage !

>> En bonus, la vidéo de son aventure à bord du Transsibérien  <<


Seat 22 — Trans-Siberian Odyssey de Stanislas Giroux

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